Laissez-moi chanter

Refouler, encore et toujours. Étouffer son envie profonde, son besoin même. Ne pas les écouter, ne pas les assouvir, ne pas se les autoriser. Avancer sans les prendre en compte, les ignorer. Ça a été mon cas toute ma vie.

To sing or not to sing, that is the question

Car mon envie à moi, ancrée depuis l’enfance et mon besoin qui s’est développé en vieillissant, c’est de chanter. Mais j’ai grandi avec des discours de mon père (musicien) s’acharnant à écraser cette envie, me répétant que je chantais comme une casserole dès que j’ouvrais la bouche et m’interdisant de chanter en sa présence. J’ai également grandi avec l’idée qu’il fallait garantir son avenir professionnel pour ne pas souffrir d’un manque financier, ce qui m’a toujours empêchée d’envisager de laisser de la place à cette envie, qui, dans la conception des choses que je m’étais faite, n’était pas compatible avec un avenir serein.

Alors voilà, j’ai passé mon adolescence et mon début de vie d’adulte à me forcer à rentrer dans un moule classique : celui de faire des études, d’apprendre un métier, de vouloir construire une vie de couple à tous prix, dans le but d’acheter une maison et faire des enfants. Tout faire pour être une bonne élève, une bonne fille, une bonne femme.
Mais, plus le temps passe et plus je me rends compte que rien de tout ça ne me satisfait et que j’ai toujours une sorte de manque, d’impression de non accomplissement.

Et pendant toute la deuxième moitié de ma vingtaine, je fais face à un grand problème, celui du non-épanouissement professionnel. Non pas à défaut de capacité, non pas à défaut d’opportunité, non pas à défaut d’encouragement ni de gratitude, mais tout simplement à défaut d’envie. Parce qu’il n’y a aucune autre chose que j’ai vraiment envie de faire que de chanter. Parce que la seule chose pour laquelle je pourrai bosser nuit et jour, me battre, me défoncer, faire des sacrifices et me tuer à la tâche, ce serait de chanter. Dommage, parce que dans la vie, l’envie c’est un peu le moteur de tout. Alors je bosse (consciencieusement, efficacement) mais sans aucun moteur, si ce n’est celui de gagner ma vie.

Face à ce triste constat, je continue malgré tout de croire que chanter n’est qu’un rêve de petite fille, non réalisable, une sorte de caprice que je dois continuer de refouler. Et puis les remarques de mon père, avec lesquelles je me suis construite, sont certainement bien ancrées en moi, et ont, de toute évidence, détruit la confiance que j’aurais pu avoir en moi lorsqu’il s’agit de cette passion, qui pourtant m’a toujours animée. Alors je me dis que des gens qui aiment chanter il y en a à tous les coins de rue, et que la plupart le font certainement mieux que moi, donc que je n’ai aucune légitimité à vouloir assumer cette passion, que je n’ai pas assez de talent pour ça. Et j’essaie de me convaincre que ma vie n’est pas si mal telle qu’elle est. Bien sûr qu’elle n’est pas si mal. Tout n’est pas gris, il y a la famille, les copines, les loisirs, les voyages. Mais l’élément primordial d’accès au bonheur selon moi est absent au tableau : l’envie. Et elle manque cruellement à cette vie, à ma vie.

C’est ainsi que naît de la frustration chez moi, inconsciente mais grandissante, prenant de plus en plus de place. Frustration de ne pas faire ce que j’aime, ce qui m’anime. Frustration s’accompagnant bientôt de regret, celui de ne jamais avoir fait en sorte d’essayer au moins. Et impression qu’il est trop tard. Trop tard pour changer de trajectoire, pour exprimer cette envie, pour assumer cette passion aux yeux des autres. Car j’ai peur. Peur de ne pas être comprise si je le faisais, peur d’être jugée. Oui, mais tout s’empire… Après la frustration et le regret, arrive l’amertume. Amertume due à l’étouffement de mes besoins, qui vient me bouffer petit à petit de l’intérieur et me rendre aigrie.

Don’t worry, be happy

Alors un jour c’est la prise de conscience. Après des années de lutte contre moi-même, je réalise enfin que je ne m’épanouirai jamais si je ne laisse pas parler mon besoin profond. Que j’ai beau l’avoir enfoui et avoir essayé de me convaincre que ce n’était qu’une lubie, il reste bien présent malgré tout. Trop présent pour que je puisse continuer à l’ignorer, ou bien je cours à ma perte en devenant une fille aigrie et pleine d’amertume, qui passera sa vie à regretter de ne pas avoir assouvi sa passion et à envier ceux qui ont osé, ceux qui ont tenté.

Alors je décide de faire partie de ceux là. Je décide d’oser assumer ma passion, je décide de tenter ma chance. Je laisse la frustration sur le quai et je décide de prendre le train en marche. Je laisse désormais parler mes envies, j’exprime mon besoin d’accomplir des projets musicaux, je fais ce qui me rends heureuse, ce qui me procure du plaisir et du bien-être : chanter. Pour qui ? Pour quoi ? Pour moi. Pour me faire du bien. Parce que c’est une source de bonheur et d’épanouissement et que j’aurais tort de ne pas aller les chercher !

Je suis, bien sûr, toujours pleine de doutes, je ne sais pas si ce que j’ai à proposer peut plaire à qui que ce soit, je ne sais pas si j’ai un quelconque talent pour ça, mais tout ce que je sais, c’est que chanter me fait du bien et que si je veux être heureuse dans la vie, mieux vaut que j’aille vers ce qui me procure du plaisir. Évidemment je manque cruellement de confiance en moi, d’assurance et d’expérience et je fais preuve d’une extrême exigence envers moi-même lorsqu’il s’agit de la chanson. Certainement car cette idée que je ne suis pas douée pour ça, avec laquelle mon père m’a matraqué le crâne, m’a fait beaucoup de mal. Alors je doute, je remets sans arrêt en question mes capacités, car il est difficile de s’ôter une idée de la tête qu’on s’est tellement évertué à t’y entrer pendant toute ta construction. Mais je ne veux plus que ça m’empêche d’avancer sur le chemin de l’épanouissement, je ne veux plus que ça m’empêche d’assouvir mes envies. Je veux juste écouter mon besoin, celui que j’ai au fond de moi, celui qui persiste contre vents et marées depuis mon plus jeune âge, celui qui ne me quitte jamais. Je veux renouer avec mes désirs de petite fille. Écouter cette petite fille qui sommeille en moi et qui attend désespérément que je lui laisse prendre les rênes. Car la vie, les gens, la société nous influencent, nous formatent et nous font perdre de vue nos désirs d’enfants, mais je crois qu’il n’y a rien de plus vrai qu’un désir d’enfant. Un désir brut, un désir sincère, un désir innocent, un désir vierge de tout jugement. Alors je vais écouter mon désir d’enfant, je vais me faire violence, je vais sortir de ma zone de confort et me challenger.
Je vais oser, je vais tenter… je vais chanter.

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guillemets Le talent, ça n’existe pas. Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose. guillemets-2
Jacques Brel

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7 réponses
  1. Aude
    Aude says:

    Tu écris toujours aussi bien Mélo et je crois que ce que tu ressens anime également un bon nombre de personnes dans cette société. Réaliser son rêve d’enfant, je pense qu’il n’y a que ça qui permet de rendre un aldute complètement et vraiment heureux, heureux comme un enfant. Bravo, pour ta décision de te lancer dans ce challenge !

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  2. Céline
    Céline says:

    Merci d’avoir fait partager ces mots et ce ressenti. C’est très émouvant de te lire Mélodie!
    Et moi je te le dis, crois en toi car tu es une chanteuse de talent. Ne doute plus de toi , tu es sur ta voi(x)e 😙

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    • hellomelo
      hellomelo says:

      Merci beaucoup Céline. Et c’est très émouvant pour moi de recevoir des retours aussi positifs !
      En effet, j’avais besoin de mettre des mots sur ce que je vis et ressens. Ça fait toujours du bien. Et si ça peut faire échos chez certains, tant mieux. 😉
      Milles mercis pour ton soutien et tes encouragements ! Ça me fait toujours très plaisir, d’autant plus quand cela vient de quelqu’un de talent !

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